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Samedi 8 décembre 2007
par elwood publié dans : legendes et superstitions

La Nuit de Noël

 

La veillée de Noël et les légendes qu'on y raconte...

 

Ce qui fait le plus grand charme de la veillée de Noël, ce sont assurément les légendes qu'on y raconte : leur ensemble forme un des plus captivants chapitres de la littérature populaire ; elles sont tour à tour terribles ou touchantes, dramatiques ou gracieuses. Il serait bien difficile de dire quelle est l'origine de ces fables, historiettes ou contes, qui ont trait à la naissance de l'Enfant-dieu. Ces récits, auxquels les vieillards savent donner tant de charmes, font toujours les délices des enfants.

 

Les légendes de la veillée de Noël peuvent se diversifier d'après les êtres qui entrent en scène. Etres inanimés, animaux, démons, récits édifiants.

 

Etre inanimés
En Franche-Comté, on raconte qu'une roche pyramidale, qui domine la crête d'une montagne, tourne trois fois sur elle-même pendant la-Messe de minuit, quand le prêtre lit la généalogie du Sauveur. En cette même, nuit, les sables des grèves, les rocs des collines, les profondeurs des vallées s'entrouvrent et tous les trésors enfouis dans les entrailles de la' terre apparaissent à la clarté des étoiles.
Dans cette même contrée existe la légende de la pierre qui vire. C'est une pierre pointue dressée en équilibre sur un rocher, entre les villages de Scey-en-Varais et de Cler, et qui, dit-on, fait un tour complet sur elle-même au coup de minuit, à Noël (L'abbé V..., du diocèse de Besançon).
Dans les Vosges, la pierre tournerose, bloc élevé qui existait près de Remiremont, se mettait elle-même en mouvement quand les cloches de Remiremont, de Saint-Nabord et de Saint-Etienne (deux paroisses voisines de Remiremont) appelaient les fidèles à la Messe de minuit (Richard, Traditions populaires).
C'est surtout au pays de Caux (Seine-inférieure) qu'existe la légende des pierres tournantes. Ces pierres faisaient autrefois trois tours sur elles-mêmes pendant la Messe de minuit, et les monstres qui étaient censés y habiter exécutaient autour d'elles des danses folle, qu'il eût été dangereux de troubler. Citons la chaise de Gargantua à Duclair, la pierre Gante à Tancarville, la pierre du Diable à Griquetot-sur-Ouville.
A Minières, dans le Cotentin (Manche), au carrefour des Mariettes, se trouve un bloc de pierre pesant mille kilos, qui, dit-on, saute trois fois, le jour de Noël, à minuit.
On croit encore, au pays de Caux, que les cloches perdues sonnent pendant la Messe de minuit.
Certains affirment avoir entendu l'ancienne cloche de l'église des moines d'Ouville-l'Abbaye, qui passe pour être enfouie dans le " Bosc-aux-Moines ", à Boudeville.

 

Mais il faut surtout lire les légendes bretonnes.
Nombreuses autant qu'énormes sont les pierres qui se déplacent pendant la Messe de minuit, pour aller boire, comme des moutons altérés, aux rivières et aux ruisseaux.
Un mégalithe, près de Jugon (Côtes-du-Nord), se rend à la rivière de l'Arguenon. Dans le bois de Couardes, un bloc de granit, haut de trois mètres, descend pour aller boire au ruisseau voisin et remonte à sa place de lui-même.
Il y a, au sommet du mont Beleux, un menhir qui se laisse enlever par un merle et qui met à découvert un trésor.
Il faut entendre surtout, telle qu'elle nous est contée par Emile Souvestre, la jolie légende des pierres de Plouhinec qui vont boire à la rivière d'Intel (Emile Souvestre, Le Foyer Breton, tome II. p. 181).
La plus célèbre était jadis la grosse pierre de Saint-Mirel, dont Gargantua se servit pour aiguiser sa faux, et qu'il piqua, après la fauchaison, comme on la retrouve encore aujourd'hui.
Elle cachait un trésor qui tenta un paysan des alentours.
Ce paysan était si avare qu'il n'eût pas trouvé son pareil : le liard du pauvre, la pièce d'or du riche, il prenait tout ; il se serait payé, s'il eût fallu, avec la chair des débiteurs.
Quand il sut qu'à la Noël les roches allaient se désaltérer dans les ruisseaux, en laissant à découvert des richesses enfouies par les anciens, il songea, pendant toute la journée, à s'en emparer.
Pour pouvoir prendre le trésor, il fallait cueillir, durant les douze coups de minuit, le rameau d'or qui brillait à cette heure seulement dans les bois de coudriers et qui égalait en puissance la baguette des plus grandes fées. Lors, ayant cueilli le rameau, il se précipita de toute sa force vers le plateau où le rocher de Gargantua profilait sa masse sombre, et, lorsque minuit eut sonné, il écarquilla les yeux.
Lourdement le bloc de pierre se mettait en marche, s'élevant au-dessus de la terre, bondissant comme un nomme ivre à travers la lande déserte, avec des secousses brusques qui faisaient sonner au loin le terrain de la vallée.
Jusqu'à ce moment la branche magique éclairait l'endroit que la pierre venait de quitter. Un vaste trou s'ouvrait, tout rempli de pièces d'or.
Ce fut un éblouissement pour l'avare, qui sauta au milieu du trésor et se mit en devoir de remplir le sac qu'il avait apporté. Une fois le sac bien chargé, il entassa ses pièces d'or dans ses poches, dans ses vêtements, jusque dans sa chemise. Dans son ardeur, il oubliait la pierre qui allait venir reprendre sa place. Déjà les cloches ne sonnaient plus. Tout à coup le silence de la nuit fut troublé par les coups saccadés du roc qui gravissait la colline et qui semblait frapper la terre avec plus de force, comme s'il était devenu plus lourd après avoir bu à la rivière. L'avare ramassait toujours ses pièces d'or. Il n'entendit pas le fracas que fit la pierre quand elle s'élança d'un bond vers son trou, droite comme si elle ne l'avait pas quitté.
Le pauvre homme fut broyé sous cette masse énorme, et de son sang il arrosa le trésor de Saint-Mirel (Lectures pour Tous, déc. 1903, p. 190.).

 

Animaux
Il existe, en France surtout, une croyance populaire dont les formes varient suivant les différentes contrées : c'est la conversation des animaux entre eux pendant la Messe de minuit et surtout pendant la lecture ou le chant de la Généalogie.
C'est sans doute une réminiscence de la représentation de l'ancien " Mystère de la Nativité ", pendant laquelle on faisait parler les animaux.
Cette croyance si répandue, avec de nombreuses variantes, peut se résumer ainsi : un paysan, probablement ivre, ayant omis d'offrir à son bétail le réveillon traditionnel, entend ce dialogue entre les deux grands bœufs de son étable :
Premier bœuf : " Que ferons-nous demain, compère"?
Second bœuf : " Porterons notre maître en terre... "
Le maître, furieux, en entendant cette prédiction, saisit une fourche pour frapper le prophète de malheur ; mais, dans sa précipitation, il se blesse maladroitement lui-même à la tête... et le lendemain les bœufs le portent en terre.
Tel est le thème développé différemment suivant les provinces.
Dans les Vosges, à la Bresse , canton de Saulxures-sur-Moselotte, on a soin de donner abondamment à manger aux animaux avant d'aller à la Messe de minuit. A Cornimont, au Val-d'Ajol, on croit encore que les animaux se lèvent et conversent ensemble pendant la Messe de minuit. On raconte à ce sujet qu'un habitant de Cornimont, jouissant de la réputation d'esprit fort, voulut s'assurer de ce fait surnaturel. 11 alla se coucher dans un coin obscur de l'écurie située derrière sa maison.
A l'heure de minuit, il vit un de ses bœufs se réveiller, puis se lever pesamment et demander, en bâillant, à son compagnon de fatigue, ce qu'ils feraient tous deux le lendemain. Celui-ci lui répondit qu'ils conduiraient leur maître au cimetière. La chose ne manqua pas d'arriver, dit la tradition : notre esprit fort fut saisi d'une telle frayeur qu'il en tomba raide mort sur place. Ainsi, sans doute, le racontèrent les bœufs.
On assure aussi qu'une semblable aventure arriva à une femme de Raon-aux-Bois, canton de Remiremont. Poussée par la curiosité, elle alla visiter ses étables pendant la Messe de minuit. Elle apprit également de ses bœufs qu'ils ne tarderaient pas à la conduire en terre (Traditions populaires, par Richard. Remiremont, 4818). La nuit de Noël est célèbre par une vieille légende que les paysans landais racontent avec terreur, pendant les veillées d'hiver.
Ils prétendent que le jour de Noël, vers minuit, l'âne et le bœuf se mettent à parler entre eux. Ils causent du temps où l'Enfant-jésus n'avait pour se réchauffer que leur haleine. Ce don miraculeux de la parole est le cadeau envoyé tous les ans par le Ciel à ces deux animaux, en souvenir des bons offices rendus à l'Enfant-jésus dans l'étable de Bethléem. Mais malheur à celui qui tente de surprendre leur mystérieuse conversation.
Sa témérité est punie d'une manière terrible : il tombe mort à l'instant même (Le Petit Landais, 25 décembre 1902).
Un bon paysan de Gaillères l'éprouva à ses dépens. Pour se convaincre de la vérité du fait, il vint écouter à l'étable, et voilà qu'à minuit juste, le bœuf dit à son voisin :
" Hoù Bouêt ? - Hoù Bortin.
- Que haram-nous, douman matin ?
- Que pourteram lou boue ou clôt. E lou boue que mouri sou cop " (Sorcières et loups-garous dans les Landes, p. 39).
Voici comment Laisnel de Lasalle a gracieusement brodé cette légende : la scène se passe en Berry (Croyances et légendes, tom. I, p. 17).
" On assure qu'au moment où le prêtre élève l'hostie pendant la Messe de minuit, toutes les aumailles (bêtes à cornes) de la paroisse s'agenouillent et prient devant îa Crèche. On assure encore qu'après cette oraison toute mentale, s'il existe dans une étable deux bœufs qui sont frères, il leur arrive infailliblement de prendre la parole.
" On raconte qu'un boiron (On appelle boiron le jeune g-areon qui touche on aiguillonne les bœufs pendant le labourage. - On dit aussi boyer pour bouvier - en italien, boaro) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses bœufs, entendit le dialogue suivant :
" - Que ferons-nous demain ? demanda tout à coup le plus jeune du troupeau.
" - Nous porterons notre maître en terre, répondit d'une voix lugubre un vieux bœuf à la robe noire, et tu ne ferais pas mal, François, continua l'honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, tu ne ferais pas mal d'aller l'en prévenir, afin qu'il s'occupe des affaires de son salut.
" Le boiron, moins surpris d'entendre parler ses bêtes qu'effrayé du sens de leurs paroles, quitte l'étable en toute hâte et se rend auprès du chef de la ferme pour lui faire part de la prédiction.
" Celui-ci se trouvait attablé avec trois ou quatre francs garnements de son voisinage et, sous prétexte de faire le réveillon, présidait à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau (bûche de Noël) flamboyait dans l'âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l'église.
" Le fermier fut frappé de l'air effaré de François à. son arrivée dans la salle.
- Eh bien? Qu'y a-t-il? lui demanda-t-il brusquement.
" - Il y a que les bœufs ont parlé, répondit le boiron consterné.
" - Et qu'ont-ils chanté ? reprit le maître.
" - Ils ont chanté qu'ils vous porteraient demain en terre ; c'est le vieux Noiraud qui l'a dit, et il m'a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce.
" - Le vieux Noiraud en a menti, et je vais lui donner une correction, s'écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.
Et, sautant sur une fourche de fer, il s'élance hors de la maison et se dirige vers les étables. Mais il est à peine arrivé au milieu de la cour qu'on le voit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse.
" Etait-ce l'effet de l'ivresse, de la colère ou de la frayeur ?
" Nul ne le sait.
" Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu'un cadavre et que la prédiction du vieux Noiraud se trouva accomplie.
" Depuis cette aventure, que l'on dit fort ancienne, les bœufs ont toujours continué à prendre, une fois l'an, la parole ; mais personne n'a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation. "
" A Romorantin, on recommandait aux enfants de se trouver à la Crèche , le jour de Noël, à minuit sonnant; c'était, disait-on, l'heure où le bœuf et l'âne empruntaient la voix humaine pour saluer le Christ naissant. "
Dans le Colentin, où la foi est naïve, on est persuadé que toute la création adore le petit Jésus, à Noël. A l'heure de minuit, dit-on, tous les animaux de ferme s'agenouillent, et tel curieux qui voudrait alors pénétrer dans l'étable, uniquement pour s'assurer du fait, serait immédiatement puni de sa témérité.

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Jeudi 6 décembre 2007
par elwood publié dans : legendes et superstitions

Le saut de la jeune fille
Un beau jour, une jolie jeune fille pauvre fut envoyée par sa mère ramasser du bois dans la forêt.

 

Alors qu'elle avait presque fini, elle entendit le cri d'un geai, signe de danger. Elle leva les yeux effrayée et vit derrière elle le bailli qui la menaça de ne la laisser sortir du bois qu'après qu'elle l'eut embrassé et fut devenue sa fiancée. Par peur du bailli, la jeune fille s'enfuit et courut à travers l'épaisse forêt, poursuivie par le bailli.

 

Mais dans les fourrés, elle perdit le sens de l'orientation et se retrouva soudain au bord d'une haute falaise. Le bailli derrière elle et le précipice devant, la jeune fille leva les mains vers le ciel et s'écria :

 

" Marie, Sainte mère de Dieu, viens à mon secours! ", puis sauta dans le vide. Comme par miracle, la jeune fille se retrouva indemne au pied de la falaise. A l'endroit où elle s'agenouilla pour remercier la mère du Seigneur jaillit une source.

 

Depuis, on appelle le rocher qui surplombe la vallée " le saut de la jeune fille ".

La table du diable
Il y a bien longtemps, un sinistre personnage traversa la vallée de Kaltenbach par une nuit sans lune. Tandis qu'il escaladait la montagne en cherchant une place où se reposer, son regard brûlait de hâte et d'impatience.

 

Pourtant il ne trouvait nulle part un endroit engageant où il puisse s'installer, une pierre sur laquelle s'asseoir et une table pour son repas. Finalement, il saisit deux rochers avec une force colossale et les posa l'un sur l'autre pour en faire une table.

 

Après s'être repu et avoir repris des forces, il continua son chemin dans la nuit en laissant la table en place. Le lendemain matin, les gens de la vallée virent la table gigantesque et racontèrent avec épouvante que le diable était venu et avait mangé là.

 

Pourtant l'un d'entre eux ne les crut pas et se moqua d'eux. Il dit vouloir monter jusqu'à la table de pierre la nuit suivante pour y manger avec le diable.

 

En dépit de toutes les mises en garde, il se mit en route peu avant minuit. Lorsque minuit sonna au clocher de l'église, un vent puissant se leva soudain et dans les mugissements de la tempête, les villageois qui tendaient l'oreille avec terreur, entendirent un horrible cri de mort qui leur fit froid dans le dos. On ne revit plus jamais l'incrédule.

Le petit homme de la Chapelle St André

 

Un jour, vers l'an 1230, le Maître architecte Erwin de Steimbach, inspectait les travaux de la Cathédrale de Strasbourg. Il aperçut un petit homme qui observait le pilier des anges en ricanant et en hochant la tête et les épaules avec dédain. Intrigué par son comportement étrange, Maître Erwin lui en demanda la cause. Le petit homme répondit avec cette voix railleuse des gens qui critiquent :
" Certes, ce pilier est magnifique et les anges finement ciselés; Mais je crains fort que ce pilier ne supportera jamais le poids de la voûte. Il s'écroulera, je vous le dis, causant un drame de plus pour cet édifice souvent frappé par le malheur. Bien fol qui la conçu ! J'attends le jour de sa chute !"
L'architecte scrutant du regard le haut et splendide pilier, dit au petit bonhomme:
" Suivez-moi jusqu'à la loge des tailleurs de pierre, monsieur." Confiant le petit homme orgueilleux à l'un des ces sculpteurs il lui ordonna:" Sculptez -le, le nez en l'air, dans la position de quelqu'un qui attend." Le Tailleur de pierre choisit un bloc, dit au malingre de ne pas bouger et fixa les traits du quidam sur la pierre à grand coup de marteau. Peu de temps après la sculpture de grès fut fixée au-dessus de la porte de la chapelle St. André. Maître Erwin fit ensuite venir le petit bonhomme qui fut très surpris et flatté de ce voir sculpté en cet endroit et lui dit :
"Vous resterez là, et ne bougerez pas, Monsieur ! Vous allez attendre là, figé à la balustrade pour l'éternité ! "
Ce petit bonhomme est toujours à la même place, appuyé à la balustrade de la chapelle St. André. Cela fait maintenant sept siècles qu'il attend la chute du pilier.

 

La massue des armoiries de Colmar

 

A l'ère mythologique, Hercule franchit les plus hauts sommets des Vosges, avec un troupeau de mouton, par la route déjà suivie par Bacchus au temps ou il avait enseigné à nos anciens l'art de planter la vigne. Hercule descendit la vallée du Rhin jusqu'à Horbourg, il y arriva un soir et voulut se reposer des fatigues de la route. Il reprit des forces en avalant quelques coupes des meilleurs vins de la régions, déjà très prisés à l'époque.

 

Mais notre héros si fort trouva dans ces vins plus herculéen que lui, et il s'assoupit. Dès son éveille, il se leva pour tâcher de rattraper le temps perdu, mais il ne parvint pas à rejoindre Bâle, but de sa journée.

 

Dans son empressement, il avait omis d'emporter sa massue, instrument de toutes ses prouesses. Cette massue conservée comme témoin du passage d'Hercule en Alsace, fut placée dans les armoiries de Colmar quand la ville s'édifia entre les eaux de la Thur et de l'Ill.

 

 

Hans Trapp  le père fouettard

 

Autrefois, au cœur de l'Alsace profonde vivait Jean de Trapp, un homme riche et puissant. Sa vie n'était que débauches, assoiffé de pouvoir et voué à Satan. Un jour cet homme ignoble s'empara des richesses de l'abbaye de Wissembourg. L'impie fut sur le champ excommunié pat le pontife de l'époque. La population entière du pays le rejeta. Repoussé de toute part, et exclu du pays, il s'isola au sommet du Geisberg, trouvant gîte sous les bottes de paille ou dans les grottes. Sa rancœur s'intensifia et ancré encore plus dans le satanisme, se mit à rêver de chaire humaine. L'abominable était obsédé par une envie de mordre à pleine dents dans un bras, une jambe, un dos ou une cuisse d'homme!... Un jour, il vit non loin de sa retraite, un jeune berger d'une dizaine d'années. L'horrible bonhomme se mit à baver devant le jeune homme à la chair tendre et délicieuse. Il s'approcha sans éclat du pâtre, le transperça de sa rapière et le traîna jusqu'à son gîte sous un orage apocalyptique. Il le découpa en petits morceaux et les fît rôtir. Mais Dieu ne pouvant rester insensible devant cette abomination le foudroya par un éclair vengeur ! Prenez garde à ne pas vous promener seul, la nuit, en Alsace, dans les monts des alentours au risque de servir de repas au légendaire Hans Trapp, hantant les lieux sous l'apparence d'un épouvantail...

 

(personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi on nome également Hans Trapp le père fouettard) 

La légende de la fée des sources

 

Il y a de cela bien longtemps, deux enfants se promenaient dans la forêt au-dessus du village de Rimbach-Zell pour cueillir des fraises des bois afin d'en faire une tarte. Ils en avaient déjà récolté un demi panier quand ils virent un papillon multicolore qui laissait dans son sillage une traînée de paillettes dorées. Ils tentèrent de l'attraper, mais il se dérobait à chaque fois, les entraînant de plus en plus loin du village au plus profond des bois. Ils parvinrent ainsi à une clairière. Au pied d'un énorme rocher, coulait une source à l'eau transparente et cristalline qui s'étalait en un petit bassin. Comme ils avaient très soif après la poursuite, ils se penchèrent pour y boire.
Quelle ne fut pas leur surprise en apercevant, au milieu de la mare, une petite femme portant une couronne d'or, vêtue d'une robe bleue vaporeuse, flottant sur une légère feuille d'érable. Tout autour du miroir d'eau pure, se dressaient des maisons miniatures entre lesquelles des petits lutins s'occupaient à leurs tâches habituelles. Partout scintillaient des perles d'or et de diamant. Émerveillés, ils restèrent un moment ébahis devant ce spectacle féerique. Mais quand ils s'approchèrent pour mieux voir, un caillou roula sous leurs pieds, tomba dans l'eau et rompit le charme. Tout disparut : fée, maisons, lutins, or et diamants. Il ne restait plus que le clapotis de l'eau et une flaque au pied du rocher.
Ils rentrèrent chez eux, racontèrent leur découverte, mais nul, jamais plus, ne retrouva l'emplacement de cette source.

(d'après un conte de l'abbé Charles Braun, "Légendes du Florival", 1866)

 

 

Les oiseaux de noël

 

Jadis, les hivers étaient particulièrement rudes et à Noël, neige et glace recouvraient toute l'Alsace. Venus de la plaine et des vallées, du Nordgau comme du Sundgau, affamés et transis, les oiseaux s'étaient réunis en vols serrés pour rejoindre l'abri de la vallée du Tannenberg, là où la bise et le froid ne pouvaient les atteindre aussi rigoureusement. Ils se tenaient donc agglutinés sous les branches des sapins, silencieux, malheureux. La nuit de Noël, la dame de Linange descendit en traîneau dans la grande vallée, pour entendre la messe de minuit.

Sur le chemin du retour, son valet ne put empêcher le cheval de se diriger vers le petit vallon, puis de s'y arrêter. Alors, la noble dame vit le malheureux peuple des oiseaux agrippés aux branches glacées. Seuls les hiboux, les grands-ducs et les chouettes soupiraient et chuintaient. Les fauvettes et les merles, les pinsons et les mésanges, les rossignols et les moineaux et même les corbeaux gardaient un silence plaintif en attendant le jour. La dame en eut le cœur serré. Rentrée au château, elle ordonna que l'on portât secours aux oiseaux.

De bon matin, elle et ses valets retournèrent donc au vallon et aménagèrent aux oiseaux des mangeoires pleines de gerbes de blé et surtout des abreuvoirs remplis d'eau tiède. Tous les oiseaux, petits ou grands, se précipitèrent sans crainte vers cette manne. Ensuite, ils rejoignirent le couvert des branches et se mirent à chanter leur joie et leur reconnaissance. Au même moment le soleil apparut pour les réchauffer. Alors, ils entonnèrent tous ensemble l'air d'un cantique de Noël, en l'honneur de la dame. Et ce chant fut, sans conteste, le plus beau et le plus pur jamais chanté en Alsace!La châtelaine revint chaque jour de ce long hiver afin de nourrir ses petits protégés emplumés et chanteurs. Au printemps, ils s'envolèrent enfin chacun vers son nid. Mais la belle dame garderait toujours en son cœur, le souvenir de ce chant merveilleux du matin de Noël...

 

Le fantôme du lac de Sewen

 

Un dimanche, en plein été, après une semaine de récolte de blé, un riche fermier décida, en dépit de la désapprobation de sa femme, de partir faner ses prés en ce jour du Seigneur. Au crépuscule, l'orage grondait à l'horizon et la foudre tombait de toute part à proximité de la rivière. Après son dernier coup de fourche, le fermier fouetta ses chevaux dans l'espoir d'être rentré avant les grandes averses. Il n'avait pas atteint les bornes de son prés que la foudre le frappa. La violence fut telle que la terre s'entrouvrit, engloutissant le paysan et son attelage. Des trombes d'eau tombèrent et gonflèrent la rivière jusqu'à la crue. Les prés du pauvre homme disparurent sous les coulées d'eaux et de boues et le restèrent bien après le retour du soleil. C'est ainsi que par la colère de Dieu, le Lac de Sewen était né. Plus aucune trace du fermier. Prisonnier des eaux troubles du lac, son spectre erre, du crépuscule jusqu'à l'aube, au milieu des hennissements son cheval et des grincements de sa charrette disloquée...

 

 

 

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Jeudi 6 décembre 2007
par elwood publié dans : legendes et superstitions

Les sorcières sur le Bastberg

 

Près de Bouxwiller s'élève le Bastberg, dont le nom contracté signifie " Mont de Saint-Sébastien ". Il jouit d'une très mauvaise réputation dans le pays tout entier. Jadis, en effet, à minuit, se rencontrait sur sa vaste croupe les sorcières de toute la région. Sur leur balai, elles chevauchaient à travers les airs et venaient sur le Bastberg où elles tenaient leurs assemblées tout en mangeant et en dansant.

 

Un jour, un pauvre instituteur, qui s'était attardé à une fête de village, passa près du Bastberg pour se rendre à Griesbach, le village voisin. Il vit des lumières au sommet de la colline et entendit des airs de danse. Piqué par la curiosité, il monta au sommet pour voir ce qui se passait… et soudain, il se retrouva au milieu des sorcières qui dansaient une ronde échevelée, la robe flottante, le visage déformé par des rires grimaçants. Des tables étaient couvertes de mets succulents et de bouteilles des meilleurs vins. Les sorcières invitèrent l'instituteur à manger et à boire, puis il dut prendre un violon et jouer un air de danse. Il n'osa pas refuser. Sans qu'il s'en rende compte, son jeu devenait toujours plus violent et plus rapide ; la danse tournait comme un tourbillon autour de lui, et les rires des sorcières retentissaient de plus en plus fort.

 

A l'aube, l'instituteur se réveilla ; il était étendu sur un tas de pierres, les vêtements déchirés, la tête lourde et vide ; tous les os lui faisaient affreusement mal. A ses pieds se trouvait un sabot de cheval. Au lieu de son violon, il tenait par la queue un gros chat noir qui le griffa et le mordit. Tout effrayé il le lâcha ; la bête disparut dans les vignes en crachant ; quant à lui il courut à en perdre le souffle jusqu'à Griesbach.

 

Une autre fois, un musicien de Gumbrechsthoffen rentrait chez lui, tard dans la nuit ; il avait joué à la fête, au " Messti " de Mietesheim. Un beau carrosse arrivait derrière lui ; le cocher l'invita à monter, ce qu'il ne refusa pas. Peu après le carrosse s'arrêta devant un château magnifique. Ses portes étaient grandes ouvertes ; dans une immense salle, étincelant de mille feux, une brillante société célébrait une grande fête.

 

On reçut le musicien aimablement et on lui demanda de se mettre à côté des violonistes et des fifres. Les danses terminées, on se mit à table, et un souper grandiose fut servi ; tout le monde mangeait dans des assiettes d'argent et buvait dans des coupes en or.

 

La fête se termina ; on proposa au musicien une chambre avec un bon lit. Fatigué et un peu alourdi par le vin, il s'endormit presque aussitôt.

Quand il se réveilla, le lendemain matin, il se trouvait loin de sa chambre, sous le gibet du Bastberg. Il se leva précipitamment ; la tête lui bourdonnait. Il se rappela cependant qu'avant de quitter la salle, il avait mis dans sa poche une coupe en or massif. Il la sentait ; elle était toujours là mais quand il la sorti, c'était un sabot de cheval. Le musicien lui aussi avait été le jouet des sorcières.

 

Aujourd'hui encore, le Bastberg a mauvaise réputation dans toute la région, et nombreux sont ceux qui évitent d'y passer après la tombée de la nuit.

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Jeudi 6 décembre 2007
par elwood publié dans : legendes et superstitions

Une population énigmatique

 

L’’Alsace traditionnelle est riche de toute une population d’êtres invisibles qui peuplent les forêts, les lacs, et les vieux châteaux en ruines. Certains sont à l’origine des vallées et des pics rocheux, d’autres régissent les mines et les grottes, d’autres encore passent leurs nuits à faire peur aux voyageurs imprudents.

 

Les régions de grottes et de montagnes sont peuplées de gnomes qui appartiennent à la famille des bons génies. Habiles et intelligents, ils vivent dans des cavernes somptueuses. Ils se montrent bienveillants et serviables avec les humains qui ne les payent pas toujours de retour. Ils gardent les trésors de la terre et sont d’excellents mineurs ; ainsi ils ont exploité les mines d’argent de Sainte-Marie aux Mines et d’Eschery.

 

Les sorcières se réunissaient pour leur sabbat de pleine lune sur la colline du Basterg, près de Bouxwiller. Chevauchant, qui un bouc, qui un balai ou un chien noir, en fonction de leur grade hiérarchique, elles avaient un malin plaisir à faire le mal. Ensorceler les bêtes ou les enfants, changer tel curieux en âne ou telle servante trop avenante en épouvantail, voilà les exploits dont elles se vantaient dans les réunions annuelles auxquelles assistait Lucifer ou Belzébuth.

 

 

Dans les Hautes-Vosges, les nains aident les marcaires (1) à confectionner leurs fromages et profitent des installations désertées en hiver pour faire leurs propres provisions de fromage, faire paître leurs vaches naines et assister les humains nécessiteux pendant les froides journées hivernales.

 

Les géants sont des habitants très anciens des Vosges. Leur ascendance est germanique. Ces fils de la Terre aux forces surhumaines ont harmonisé le chaos provoqué par l’apparition des Vosges. Un coup de pied, et une vallée apparaît, une brassée de sapins cueillie dans un coin devient une superbe forêt… Certains de ces géants avaient la mauvaise habitude de manger les humains. Au Kastenwald, les enfants ont encore aujourd’hui peur de l’ogre mangeur d’hommes.

 

 

Très nombreuses également sont les dames blanches. Etaient-elles d’anciennes prêtresses celtiques déchues de leur rôle d’initiatrices ou bien d’antiques châtelaines au comportement scandaleux qui expient leurs fautes jusqu’à la fin des temps ? Toujours est-il qu’elles hantent encore les donjons des châteaux en ruines et cherchent l’aide des humains qu’elles rencontrent pour les délivrer de leurs tourments. Mais malheur à qui  céderait à la tentation, il risquerait de ne plus revoir la lumière du soleil.

 

Par contre, si vous vous promenez un soir dans la forêt, peut-être aurez-vous la chance d’apercevoir un groupe de fées dansant dans un rayon de lune. Que d’endroits gardent leur souvenir ! Ce rocher pointu au sud de Haberacker, haut de neuf mètres, qui leur servait de fuseau jusqu’à ce que la naissance du Christ leur ôte tout pouvoir. Et ces jardins, ces fontaines des fées qui parsèment tous les lieux reculés des forêts profondes.

 

 

Un autre héritage de la tradition germanique est la chasse fantastique ou chasse sauvage. Wotan, roi des dieux germaniques, était le maître du Monde et le chef de toutes les armées. Les soirs d’orage, il entraînait à la suite, dans un tumulte terrifiant, une troupe de chevaliers livides et de molosses gémissants. Cette angoissante chevauchée passait aussi bien dans les forêts que dans les villes et il ne faisait pas bon se trouver dehors à ces moments-là.

 

Si tous ces personnages légendaires ont une apparence humaine, d’autres sont de purs esprits plus liés aux superstitions populaires qu’à de réelles entités naturelles : les Druckgeister ou Esprits Oppresseurs. Ils se manifestent les nuits de cauchemar où ils s’installent sur la poitrine des enfants ou des adultes terrifiés jusqu’à les étouffer.

 

 

(1)  les marcaires : bergers qui mènent leurs troupeaux en transhumance dans les Hautes-Vosges et fabriquent le fromage de Munster.

 

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